Billy Wilder et moi

Incipit

Un matin d’hiver, il y a sept ans, je me trouvais sur un escalator.

Billy Wilder et moi, de Jonathan Coe

C’est l’histoire de …

Callista, compositrice de musique de films. Elle n’a rien composé d’important depuis plusieurs années, ses jumelles ont grandi. L’une s’apprête à quitter le domicile parental et l’autre est enceinte.

Mais c’est aussi l’histoire de la jeune Callista qui au cours de son premier voyage aux Etats-Unis rencontre Billy Wilder, alors sur la fin de sa carrière. Le cinéaste invite la jeune femme sur le tournage de ce qui sera son avant-dernier film, Fedora.

Et donc, c’est aussi l’histoire de Billy Wilder.

L’auscultation du Dr Fatale

Je connais mal la filmographie de Billy Wilder. J’ai vu et apprécié Certains l’aiment chaud. Mes connaissances s’arrêtent là. Si j’ai été attirée vers ce roman, c’est à cause de son auteur : Jonathan Coe. L’auteur anglais s’est fait remarqué il y a plusieurs années maintenant pour son Testament à l’anglaise puis par le diptyque Bienvenue au club et Le cercle fermé. Jonathan Coe excelle dans la description, l’observation de ses contemporains et dans l’analyse de la société britannique qu’il raconte avec brio et mordant.

J’avais adoré ces deux romans en forme de chronique sociale. Depuis, Jonathan Coe a écrit de nombreux autres romans dont La vie très privée de monsieur Sim adapté pour le cinéma en 2015 par Michel Leclerc (Le nom des gens) avec le très regretté Jean-Pierre Bacri dans le rôle de ce commercial tellement malade de solitude qu’il en vient à entretenir une étrange relation avec la voix de son GPS.

Je n’avais donc pas d’inquiétudes quand j’ai acheté Billy Wilder et moi publié par les éditions Gallimard pour la rentrée littéraire de septembre 2021.

Un roman sur le temps qui passe

Avec Billy Wilder et moi, Jonathan Coe se sert du personnage de Callista pour inviter son lectorat sur le plateau de tournage de l’avant-dernier film de Billy Wilder. Le réalisateur est l’icône que l’on connaît mais Hollywood change, les réalisateurs changent et les attentes des spectateurs aussi ont changé. Wilder se trouve donc en décalage avec les histoires qu’il porte en lui et l’évolution de l’industrie du cinéma. Steven Spielberg et Georges Lucas entre autres connaissent le succès avec des films spectaculaires pendant que lui, le grand Billy Wilder, peine à faire financer ses films.

Ne trouvant d’ailleurs pas de financement, il se tourne en désespoir de cause vers les financeurs européens et en particuliers allemands, ce qui réveille de biens douloureux souvenirs.

On retrouve la belle plume de Jonathan Coe, sa mélodie ciselée et précise. Ce roman est aussi empreint de tendresse, d’affection et de respect pour le réalisateur vieillissant. On sent tout l’amour pour le cinéma qu’avait Billy Wilder, ce besoin viscéral de raconter des histoires et de les mettre en scène et la tristesse de ne plus être soutenu et de ne plus trouver son public. La scène où il interroge la jeune Callista sur ce que la nouvelle génération attend du cinéma est savoureuse. J’ai aimé également assisté au procédé créatif et à la belle amitié entre Billy Wilder et son co-scénariste Iz Diamand, personnage tellement attachant.

Mais au bout de quelques chapitres, je n’ai plus compris le parti pris de Jonathan Coe. Se servir de la jeune Callista, de sa découverte du cinéma puis d’un plateau de réalisation pour nous raconter en creux la fin de la carrière de Billy Wilder pourquoi pas, mais pourquoi nous la présenter elle aussi vieillissante avec une intrigue de peu d’intérêt et pas très bien traitée? On avait déjà compris avec l’intrigue de Billy Wilder que vieillir entraine un décalage et la nostalgie d’une certaine époque du cinéma américain était bien présente.

Le livre n’est pas mauvais. Il emporte son lecteur en Amérique, en Grèce, à Londres, fait une brève escapade en Allemagne et en France. Il accompagne le retour en Europe de Billy Wilder. Jonathan Coe écrit et raconte avec fluidité mais la construction de son récit interroge et je n’ai pas totalement compris sa démarche. Le livre a fini par légèrement m’ennuyer même si j’ai beaucoup appris sur la génèse de Billy Wider en tant que réalisateur.

Mon avis en quelques lignes

Jonathan Coe connait bien l’univers cinématographique. Il a d’ailleurs écrit un livre sur James Stewart et un autre sur Humphrey Bogart. Avec Billy Wilder et moi, il se sert d’un personnage de fiction pour brosser le portrait du célèbre cinéaste américain avec des allers-retours entre sa jeunesse et la fin de sa carrière.

Malgré certaines scènes savoureuses dans la première partie du roman, la narration finit par s’éloigner de ses personnages. Le ton devient presque trop nostalgique et déprimant. La construction du récit pose aussi question. Pourquoi avoir choisi deux temporalités pour Callista dont l’intrigue n’a que peu d’intérêt?

Au milieu du roman, Jonathan Coe change de procédé littéraire et rédige une partie du récit sous forme de scénario. Je crois bien que ce long passage a achevé de me perdre. Il est techniquement bien fait mais totalement plombant et ne fait pas avancer l’intrigue.

Je n’ai pas retrouvé dans ce roman la virtuosité qu’il y avait dans Bienvenue au club ou dans Le cercle fermé.

La prescription du Dr Fatale

Le jeune acteur, scénarisé et illustré par Riad Sattouf d’après les souvenirs de Vincent Lacoste.

On ne présente plus Riad Sattouf, observateur inlassable de cet être fabuleux, « le jeune ». Depuis quelques années, Riad Sattouf se fait le porte plume des histoires de la jeune Esther et nous livre en dessin ses réflexions sur sa vie, sa famille, son école etc. Cela en fait un témoignage très juste, drôle et tendre d’une enfance contemporaine.

Pour le jeune acteur, c’est Vincent Lacoste qui lui sert de souffleur et de raconteur d’histoire. Riad Sattouf rencontre le Vincent Lacoste adolescent sur le tournage du film les Beaux Gosses. C’est la première réalisation de Riad Sattouf mais c’est aussi le premier film de Vincent Lacoste. Celui qui lui a mis le pied à l’étrier, qui lui a donné le goût de faire l’acteur et l’a fait connaitre du grand public.

On y retrouve le trait caractéristique de Riad Sattouf, son regard d’observateur sur cette nouvelle faune qui est celle des plateaux de cinéma, la langage et la frimousse de Vincent Lacoste, son regard retranscrit avec la dérision de Riad Sattouf, un régal!

Et vous ?

Connaissez-vous les romans de Jonathan Coe? Qu’avez-vous pensé de Billy Wilder et moi? Coup de coeur, déception ou indifférence?

Dites-moi tout dans les commentaires et que l’imagination soit toujours avec vous!

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