Blackwater, tome 1. La crue

L’épique saga de la famille Caskey

Incipit

A l’aube du dimanche de Pâques 1919, le ciel au-dessus de Perdido avait beau être dégagé et rose pâle, il ne se reflétait pas dans les eaux bourbeuses qui noyaient la ville depuis une semaine.

Blackwater, tome 1. La crue, de Michael McDowell

C’est l’histoire de …

la famille Caskey, une des familles les plus importantes de Perdido, petite ville d’Alabama. Mary-Love Caskey, veuve, veille jalousement sur la destinée de son fils Oscar et de sa fille Sister ainsi que sur celle de son beau-frère James Caskey. Quand la Perdido et la Blackwater sortent de leurs lits, la crue dévaste la ville. Le clan Caskey s’apprête à s’en relever. A condition qu’Elinor Dammert, séduisante jeune femme à la chevelure couleur de boue et inconnue jusqu’alors, le permette …

L’auscultation du Dr Fatale

Une aventure éditoriale de la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture

Avec Blackwater, la maison d’édition connue pour ses choix éditoriaux audacieux (on se rappelle de Watership Down et de la Maison dans laquelle) et ses couvertures magnifiques (j’en veux pour preuve la série Anne de Green Gables), se lance dans un nouveau défi éditorial : celui de publier entre avril et juin 2022, les six volumes de Blackwater rédigés par Michael McDowell pendant la saison printemps-été 1982 dans un format poche magnifiquement ouvragé.

La série est également l’objet d’un lancement inédit selon moi pour cette maison d’édition indépendante. Les deux premiers tomes sont tirés à 100.000 exemplaires chacuns et ont déjà été distribués par service presse aux libraires et certains blogueurs notamment via le biais d’une masse critique spéciale sur le site Babelio. Ainsi le premier tome compte déjà, avant même sa sortie, 153 lecteurs sur Babelio et 35 chroniques. Le tome 2 quant à lui, enregistre 60 lecteurs sur la même plateforme.

Un format poche pas cheap du tout

Commençons par parler de l’objet livre en lui-même car c’est ce qui attire l’œil immédiatement. L’éditeur a choisi un format archi-poche de 10,8 cm sur 16,5 cm pratique, offrant une parfaite prise en main, qui trouve sa place même dans un sac à main et que vous pouvez donc emmener partout avec vous.

La couverture est souple et illustrée par Pedro Oyarbide sous la direction de Monsieur Toussaint Louverture et dorée à chaud à deux reprises. Votre livre s’habille de lumière et capte tous les regards.

Chaque tome aura une couverture différente en rapport avec les évènements narrés à l’intérieur.

Un « paperback » à succès au rythme de publication mensuel

Ecrite en 6 mois en 1982, la saga Blackwater est publiée aux Etats-Unis en format poche de janvier à juin 1983. Chaque mois, un volume parait et connait un grand succès commercial. Ce qui convient bien à son auteur, déjà coupable de plusieurs ouvrages. Car McDowell n’écrit ni pour le style ni pour la gloriole. Il écrit pour que ses lecteurs, dont peut être vous « prennent du plaisir à lire (ses) livres, qu’ils aient envie d’ouvrir un de (ses) romans pour passer un bon moment sans avoir à lutter. »

Ambiance gothique made in Alabama et famille dysfonctionnelle

Parlons écriture. Le style de McDowell est fluide, narratif avec des phrases plutôt longues. Pas pour ennuyer son lecteur, loin de là. Mais pour lui faire ressentir une ambiance, une atmosphère. L’auteur y excelle, qu’il décrive une scène de ville noyée sous une crue d’eau sale, glauque et inquiétante ou le porche d’une riche maison écrasée de soleil et de chaleur dont les habitants sont tirés de leur torpeur par un cri d’enfant.

L’écriture est imagée, immersive, efficace. Le prologue et les trois premiers chapitres sont particulièrement tendus et attrapent immédiatement le lecteur. Vient ensuite un petit ventre mou en milieu d’ouvrage pour un final tout en tension.

L’auteur brosse avec Blackwater une saga familiale dans une ambiance gothique teintée de la morale d’un état du Sud des Etats-unis, l’Alabama. Pour l’auteur, les familles sont « violentes, oppressantes et manipulatrices » donc romanesques.

La famille Caskey comporte peu de membres mais est sous la coupe de la mère de famille Mary-Love. Obéis-lui où il t’arrivera malheur. Le fils ainé Oscar dominé par sa mère se montre incapable de prendre des décisions par lui-même et le beau-frère James passe pour un homme faible. Mary-Love est l’archétype de la mère possessive et manipulatrice. L’arrivée d’Elinor va remettre en jeu le fragile équilibre familial. Le comportement des personnages deviendra difficilement justifiable. Je vous laisse le découvrir.

Mon avis en quelques lignes

J’ai aimé ce livre. Le format archi poche m’a très bien convenue. J’ai pu me balader partout dans l’appartement avec mon petit livre et je l’ai apporté avec moi pour une promenade en bateau (ma vie est exaltante lol).

Comme je vous ai déjà dit combien l’objet livre est magnifique, passons au texte. Le style de McDowell bien retranscrit par la traductrice Yoko Lacour happe rapidement le lecteur, parfois le cloue sur place. Le surnaturel arrive assez rapidement dans le récit raison pour laquelle il est difficile de vous le résumer sans trop en dévoiler. L’horrifique est présent en petites touches, bien dosées, à des moments clés du récit. Les personnages sont parfaitement caractérisés et l’on voit se mettre en place les évènements qui vont poser problèmes dans les tomes suivants.

Malgré un ralentissement de l’intrigue au milieu de l’ouvrage, j’ai aimé les moments de tensions, l’ambiance restituée par l’auteur par la qualité de ses descriptions, le surnaturel qui émerge des eaux boueuses des deux rivières et cette famille qui se débat pour garder un pouvoir et un contrôle qui lui échappent.

J’ai aimé également la postface qui m’a bien aidée pour la rédaction de cette chronique 😉.

Je signe pour le deuxième volume et espère que Monsieur Toussaint Louverture récoltera les fruits de son travail éditorial. Merci à cette maison d’édition de nous faire découvrir des textes atypiques et de nous faire vivre une expérience de lecture feuilletonnante.

Pour ma part, je pense suivre la série à son rythme de parution dont voici le calendrier :

Calendrier de publication

Blackwater, tome 1. La crue : 7 avril 2022

Blackwater, tome 2. La digue : 22 avril 2022

Blackwater, tome 3. La maison : 5 mai 2022

Blackwater, tome 4. La guerre : 19 mai 2022

Blackwater, tome 5. La Fortune : 3 juin 2022

Blackwater, tome 6. La pluie : 22 juin 2022.

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Monsieur Toussaint Louverture . L’éditeur défend très bien son travail 😊. Vous pouvez également le retrouver ainsi que la traductrice Yoko Lacour dans cet entretien réalisé par VLEEL :

La prescription du Dr Fatale

  • Un film : Beetlejuice de Tim Burton (1988) : à la lecture de Blackwater, vous avez peut-être ressenti quelque chose de burtonien. Ce n’est pas qu’une impression quand on apprend que Michael McDdowell a, sur un malentendu, été scénariste à Hollywood et qu’il a notamment travaillé sur le scénario de Beetlejuice.
  • Une bande dessinée : Sambre, une saga familiale à l’atmosphère gothique et glauque dans laquelle les femmes portent la malédiction des yeux rouges.
  • Un roman : chez monsieur Toussaint Louverture, quelques semaines avant Blackwater, paraissait Zephyr, Alabama de Robert McCammon. L’auteur est souvent cité dans les lectures proches de Blackwater. Ainsi donc, je vous propose de découvrir cette tranche de vie, le récit d’une enfance imaginative où les monstres les plus terrifiants ne sont pas toujours ceux que l’on imagine.

Et vous ?

Allez-vous faire trempette dans les eaux boueuses de la Blackwater ? Avez-vous repéré ce livre ? Aimez-vous les ambiances gothiques et discrètement flippante de l’étrange étrangeté ?

Dites-moi tout en commentaires 😊

Je vous souhaite de belles lectures et que l’imagination soit avec vous !

2 commentaires

  1. Je n’ai pas encore craqué, mais du contexte à l’ambiance, cette saga familiale me tente beaucoup. Et je te rejoins sur la finition de ce poche qui n’a rien à envier à un grand format; même si je garde espoir d’une réédition dans un de ces beaux formats reliés dont la ME a le secret.

    • Quant tu craqueras, je serai curieuse de ton ressenti de lectrice. J’aime bien cette idée d’attendre la suite du récit pendant une quinzaine de jours. J’ai hâte du tome 2. Et la couverture du tome 3 vient d’être révélée par l’éditeur. Elle est canon.

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