Chroniques de San Francisco Saison 1

La sitcom littéraire de Armistead Maupin

J’ai enfin lu un roman de Armistead Maupin. Je dis enfin parce que j’avais inscrit Chroniques de San Francisco saison 1 dans ma liste de lecture en 2007 et que nous sommes maintenant à l’aube de 2022. Pour autant, la célèbre série littéraire reste d’actualité et traverse le temps puisqu’elle a fait l’objet d’une adaptation TV en 1993 mais surtout d’une adaptation pour Netflix en 2019. Elle connait également une seconde jeunesse en bande dessinée grâce à Isabelle Bauthian et Sandrine Revel.

Incipit

Mary Ann Singleton avait vingt-cinq ans quand elle vit San Francisco pour la première fois.

Armistead Maupin

Résumé

Mary Ann Singleton quitte travail, père, mère et Cleveland pour s’installer à San Francisco. Nous sommes à la fin des années 70, les hippies et la révolution sexuelle sont passés par là. Mais comme le dira Cookie Dingler « être une femme libérée » ce n’est pas si facile et Mary Ann peine à trouver sa place et à se mettre au diapason de cette ville de toutes les exubérances. En véritable chat perdu, elle est accueillie au 28 Barbary Lane par sa logeuse, Mme Madrigal et trouve en cadeau de bienvenu un joint bien roulé scotché à sa porte. Directement du producteur au consommateur, car Mme Madrigal, certainement adepte des circuits courts avant l’heure cultive l’herbe qui rend bizarre dans le jardin de la résidence.

Le 28 Barbary Lane héberge également Mona, qui fournira un emploi à Mary Ann, Michael, ouvertement désoeuvré et homosexuel, Brian hétéro de trente ans qui enchaine les conquêtes foireuses et a une image de la femme déplorable. Et sur le toit, un bien étrange locataire.

A côté, il y a la famille Halcyon, Edgar le père gravement malade mais qui ne le dit à personne, Frannie, sa femme un brin hystérique et leur fille DeDe mariée à Beauchamp, pour le meilleur et pour le pire.

L’auscultation du Dr Fatale

Armistead Maupin écrivit ses chroniques à partir du milieu des années 70 et elles furent publiées au rythme d’une chronique par semaine dans le San Francisco Chronicle. Repérés par un éditeur, ses textes furent ensuite publiés en 1978. Chroniques de San Francisco arrive en France en 1994 puis sont ensuite régulièrement rééditées avec des couvertures pop délicieuses chez 10/18.

Les chroniques sont donc courtes, pas plus de trois pages, et se dégustent par petites gorgées. Armistead Maupin décrit des personnages contrastés tentant de trouver leur voie dans une ville qui va plus vite qu’eux. Avec eux, nous visitons les bars gays, les saunas, les milieux bourgeois, le monde des nouveaux riches et il m’a semblé que les personnages faisaient preuve d’un certain désœuvrement. Tous sont un peu paumés et beaucoup malheureux. Le ton léger du début laisse la place à une certaine mélancolie.

J’ai trouvé admirable la façon dont Armistead Maupin arrive à croiser les trajectoires de ces différents personnages. Ils ont tous au moins un lien les uns avec les autres. Ils se croisent, se recroisent, se trompent, se mentent, s’apprécient, se découvrent, et parfois s’aiment. Le format court des chapitres, les liens entre les personnages, le dynamisme des dialogue et des situations font des chroniques de San Francisco une lecture feuilletonnante dynamique et évoque les meilleures sitcoms.

Les chroniques de San Francisco abordent de façon directe les différentes sexualités et même dans la libérale San Francisco, cela ne se faisait pas aussi facilement. L’oeuvre a donc pris une place importante dans la communauté homosexuelle de l’époque. Elle se lit également comme une immersion dans l’univers de cette jeunesse américaine post hippie et post guerre du Vietnam qui se cherche des valeurs et une identité.

Mon avis

J’ai beaucoup aimé cette saison 1. Je me suis attachée à ces personnages qui paraissaient perdus et certains un peu branleurs. Ils ont plus de profondeur qu’il n’y parait de prime abord. J’ai adoré voir les destins se croiser et me dire « oh mais oui, c’est l’ex de Michael. Mais qu’est-ce qu’il fait avec Beauchamp? » par exemple.

J’ai apprécié la façon dont l’auteur passe d’un récit léger à un récit beaucoup plus mature et sombre sans être sinistre. Je m’interroge sur cette fameuse affaire Madrigal qui mobilise un détective privé. Cette intrigue sera poursuivie en saison 2.

En bref, une lecture aussi divertissante qu’intelligente. Bienvenue dans la « famille » Madrigal.

La prescription du Dr Fatale

  • Chroniques de San Francisco, l’adaptation en BD roman graphique de Isabelle Bauthian et Sandrine Revel. Je ne l’ai pas encore lue mais on peut faire confiance à ces deux autrices. Et regardez cette belle couverture, n’est-elle pas sublime? Hop, dans la liste de lecture direct! Je vous mets ici le lien vers la chronique du blog Tu vas t’abimer tes yeux pour un avis plus détaillé.;
  • Passing Strange de Ellen Klages. Passing strange est une novella publiée par Actu SF récompensée par le World Fantasy Award. L’intrigue se déroule aussi à San Francisco, mais en 1940. Elle met en scène six femmes qui choisissent d’assumer leur vie et leur homosexualité. Ce n’était déjà pas si facile en 1970, imaginez en 1940. Passing Stange est un roman de l’imaginaire en ceci que dans ce San Francisco là, il existe une forme très subtil et très belle de magie qui saupoudre le récit.
  • La ville de San Francisco est un des personnages brossés par Armistead Maupin. Pour retrouver cette ville au fort caractère dans des récits de l’imaginaire, je vous propose de lire l’article du blog Au pays des caves trolls qui lui est consacré.

Je vous souhaite de belles lectures et que l’imaginaire soit avec vous!

2 commentaires

Répondre à Docteur Fatale Annuler la réponse.