Miss Charity de Marie-Aude Murail

Une demoiselle inspirée et inspirante

Marie-Aude Murail est une auteure qui m’accompagne depuis longtemps. Depuis le collège pour être précise. En effet, mes parents avaient trouvé très drôle de m’offrir L’assassin est au collège pour célébrer mon entrée en sixième. J’ai fait la connaissance d’un des héros récurrents de Marie-Aude Murail, le sémillant et misogyne Nils Hazard accompagnée de sa chère et tendre Catherine, un personnage féminin que j’aimais beaucoup. Quelques années plus tard, j’avais choisi d’amener en Bretagne comme lecture de vacances Oh Boy paru en 2000 aux éditions école des loisirs. La fratrie Morlevent est entrée dans ma vie pendant ce mois d’aout pluvieux. J’ai découvert la force de l’amour fraternel et que de larmes j’ai versée en apprenant la maladie de Siméon (d’ailleurs j’ai toujours un moment de stress assez intense quand je me découvre une ecchymose. Ce roman fort et bouleversant n’a pas arrangé mon hypochondrie).

Tout ça pour dire que je trouve que Marie-Aude Murail est une auteure fabuleuse et que, devenue lectrice adulte, j’ai beaucoup d’admiration pour son travail et je continue à m’intéresser de près à sa production littéraire.

De près mais avec un certain décalage dans le temps cependant car Miss Charity, dont je vous parle aujourd’hui a été publié pour la première fois en 2008, réédité en édition Médium poche en 2016 et que je l’ai donc lu en 2021.

Incipit

Tous les dimanches de mon enfance se ressemblaient.

Miss Charity, Marie-Aude Murail

Résumé

Miss Charity Tiddler est une enfant anglaise de bonne famille. Enfant unique, ses parents ne semblent pas se préoccuper outre mesure de son existence. Elle pourrait s’ennuyer, seule, dans la nurserie. Mais Miss Charity est une enfant curieuse et passionnée. Voilà qu’elle se met à collectionner les animaux. Vivants. Ou presque, en tous cas ceux qui lui survivent. Une véritable ménagerie s’installe dans la nursery. Pour s’occuper, elle s’intéressera au théâtre, à la mycologie, à la botanique.

Enfant solitaire, il lui arrive quelque fois de croiser du monde: Philippe son cousin, adolescent malade, Ann et Lydia ses deux cousines et leur ami, le virevoltant et insaisissable Kenneth Ashley.

Cette vie aurait pu être morne mais comme on dit dans un célèbre film, « on ne laisse pas Bébé toute seule dans un coin » et Miss Charity Tiddler va montrer à l’Angleterre victorienne que les femmes ont du talent.

Miss Charity, une vraie fausse biographie

Miss Charity Tiddler est un personnage de fiction. Néanmoins, son parcours d’héroïnes repose sur des éléments biographiques de Béatrix Potter, la célèbre auteure anglaise pour enfants.

Quand le lecteur rencontre Miss Charity pour la première fois, elle a 5 ans. Elle vit avec ses parents, qui ne se préoccupent pas de la personne qu’elle est. Elle est affublée d’une bonne, Tabitha, qui lui raconte des histoires absolument horribles. Sa vie bascule quand elle met la main sur une minuscule souris. C’est le début d’une passion dévorante et d’une collectionnite chronique pour les animaux de la faune anglaise et les prémices d’une vocation de naturaliste.

Plus tard, elle fera également une rencontre décisive. Celle de Mademoiselle Blanche, sa préceptrice, qui va l’initier à l’aquarelle et encourager sa passion pour le théâtre.

Enfin, une vie d’enfant ne serait rien sans les vacances. Miss Charity passe ses vacances à la campagne avec ses cousins et cousines lesquels ont un ami bien intéressant mais de condition modeste, Kenneth.

Comme Beatrix Potter, c’est quand un jeune enfant tombe malade que Charity pour le distraire de sa maladie (heureusement bénigne) invente et illustre le récit d’un jeune lapin voleur de carottes.

Miss Charity Tiddler va grandir et pendant que ses cousines font leur entrée dans le monde et se cherchent de bons partis, elle va se confronter à une société patriarcale où les femmes n’ont rien d’autre à vendre qu’elles même.

Les éléments fondateurs de la vie de Beatrix Potter et de son œuvre sont inclus dans le récit avec une fluidité et un naturel absolument désarmant. Le personnage réel et l’héroïne de fiction se mêlent harmonieusement et Charity a sa vie et ses drames propres.

Une galerie de personnages savoureux

Pour solitaire qu’elle soit, Charity Tiddler est accompagnée de nombreux personnages.

Les parents : ils sont délicieux. L’enfance de leur enfant les concerne assez peu, mais quand elle grandit, une belle dramaturgie se met en place. La mère a des idées bien arrêtées sur ce que doit être un mari convenable. En gros, un homme riche et oisif. Le mariage de sa fille sera une des préoccupations majeure de cette mère cependant convaincue que son enfant restera vieille fille et devenant de plus en plus possessive vis à vis de Charity. La relation avec le père est émouvante.

Je vous laisse imaginer la réaction de ce couple bourgeois face aux « excentricités » de leur artiste de fille.

Kenneth Ashley : Kenneth est le jeune homme que Charity rencontre chez ses cousins. Il parsème le récit de ses apparitions toujours surprenantes et imprévues. Quel dommage qu’il soit de modeste condition et que devenu adulte il fasse la noce.

Mademoiselle Blanche et Tabitha : La préceptrice et la bonne. Toutes deux ont un impact fort dans la vie du personnage principal et leurs intrigues respectives sont émouvantes.

Le reflet d’une époque

Une des grandes forces de ce récit est qu’il est particulièrement immersif. Chaque soir, quand je prenais mon beau livre à la couverture douce et blanche, joliment illustré à l’aquarelle par Philippe Dumas, j’étais baignée de l’atmosphère de cette Angleterre victorienne où les enfants sont quantité négligeable, où les bourgeois sont oisifs, les pauvres très pauvres et les femmes de bonne famille cantonnées au rang d’épouse.

A plusieurs reprises, l’héroïne est discriminée par son statut d’enfant puis de jeune femme et de femme célibataire.

Le théâtre est très présent dans le récit. Il s’agit d’un des loisirs de l’époque et le récit montre comment la littérature et le théâtre enchantent la vie de Charity et sauvent celle de Kenneth. Oscar Wilde et de Bernard Shaw qui ont chacun bousculé l’Angleterre à leur façon sont mis en scène dans le récit.

J’ai trouvé le récit tellement juste dans sa description sociale (à l’image des récits de Jane Austen par exemple) que je me suis presque demandée si Marie-Aude Murail n’était pas une auteure anglaise de l’époque victorienne 🤣.

Mon avis en quelques lignes

Quelques lignes risquent de ne pas suffire pour vous dire tout le bien que je pense de ce roman.

J’ai aimé assisté au développement du personnage principal et de ses acolytes. J’ai aimé cette ambiance d’Angleterre victorienne qui m’a rappelé mes lectures de Jane Eyre. J’ai aimé accompagner Miss Charity dans son intérêt pour la nature pour la naturalisme, j’ai adoré la voir développé son talent pour l’aquarelle et interagir avec ses formateurs, miss Blanche et le précepteur de son cousin.

Les interactions entre Charity et ses cousins, le décalage qu’il y a entre les différentes personnalités est très bien rendu. J’ai adoré la relation qui se tisse entre Charity et Kenneth lequel ponctue le récit de ses apparitions, jamais attendues et toujours surprenantes. Le roman ne s’arrête pas à l’enfance de l’héroïne et nous amène jusqu’à l’âge adulte. Ce moment plein de doute, d’incertitudes est raconté avec une grande justesse.

Et puis, piquée par la curiosité, je suis allée voir la biographie de Beatrix Potter pour voir les points de convergence et de divergence. J’ai aussi découvert son œuvre que finalement je connaissais très mal. Je vous ai mis en fin d’articles quelques dessins de Mme Potter.

A mon sens, à sa façon, Beatrix Potter et Miss Charity, à leur manière, sont des rebelles, des culottées qui auraient pu figurer dans le recueil de Pénélope Bagieu. Elles ont réussi, sans faire de vague, à imposer leur art et à en vivre. Les scènes où Charity se confronte à des avis masculins et notamment à son éditeur sont bien représentatives de la discrimination que les femmes subissaient à cette époque. Charity Tiddler est donc un personnage inspirant et je ne doute pas qu’elle puisse servir de modèle à ses lectrices et lecteurs.

Miss Charity est un roman intelligent, prenant, immersif et réaliste qui alterne avec bonheur les moments de drame et de joie, les coups de théâtre, une ode à l’imagination, à l’intelligence et à la créativité ainsi qu’à la persévérance et à la fidélité à soi même et qui n’oublie pas le fameux humour anglais. Je vous le dis, une part de l’auteure est habitée par les romanciers anglais.

J’ai passé un excellent moment avec Charity et ses proches et j’ai été triste de la quitter mais je sais déjà que je la retrouverai dans l’adaptation en bande dessinée du roman de Marie-Aude Murail.

En effet, Loic Clément (au scénario) et Anne Montel (au dessin) ont publié en 2020 aux éditions Rue de Sèvres le premier tome de l’adaptation BD de Miss Charity. Il s’intitule Miss Charity, l’enfance de l’art et rejoint d’ores et déjà ma pile à lire.

La libraire jeunesse qui réalise la chronique La bibliothèque des ados a consacré un billet à l’adaptation BD de Miss Charity que vous pourrez écouter en cliquant sur le lien:

« Miss Charity » d’Anne Montel et Loïc Clément (franceinter.fr)

La prescription du Dr Fatale

  • De Marie-Aude Murail, vous pouvez tout lire 😊. Comme je l’écrivais dans le châpo, j’ai une tendresse particulière pour Oh boy. J’ai également dans ma PAL Sauveur et fils que je n’ai pas encore lu.
  • Sombres citrouilles de Malika Ferjoukh. Sombres citrouilles a été publié à l’école des loisirs en 1999. C’est un roman que j’ai adoré. Il a été lu, relu, re-relu. Et devinez quoi? Comme Miss Charity, il a fait l’objet d’une adaptation en bande dessinée aux éditions Rue de Sèvres.
  • Lettres d’amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern, un roman jeunesse de 1996. Susie Morgenstern est une autre magicienne de la littérature jeunesse. Je me rappelle encore du plaisir que j’ai eu à lire son roman et du personnage de Victoire et de ses 12 frères. Ce joli roman valait bien une adaptation en BD chez Rue de Sèvres 😉.
  • Miss Potter, le film avec Renée Zellweger et Ewan McGregor.

Quelques dessins de Beatrix Potter

Dites moi en commentaires si vous aussi vous aimez les romans de Marie-Aude Murail, celui que vous préférez, si vous aimez voir des romans que vous avez apprécié être adaptés en bande dessinée et si vous connaissiez Beatrix Potter.

Je vous souhaite de belles lectures et que l’imagination soit avec vous!

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