Tokyo Tarareba Girls, tome 1

Le manga du vendredi #1

C’est bien beau de dire « y a qu’à, faut qu’on », mais en attendant on prend de l’âge.

Tokyo Tarareba girls, tome 1, Akiko Higashimura

C’est l’histoire de…

Rinko, scénariste free lance de web séries à la carrière épanouie et de ses deux copines Kaori et Koyuki. Elles sont jeunes, belles, dynamiques et adeptes du « Y a qu’à, faut qu’on ». Elles ont trente trois ans et sont célibataires. Ca ne devrait être qu’un détail mais c’est tout l’enjeu de la série.

Rinko est donc toujours célibataire et ça commence à la travailler sérieusement. Elle est pourtant jolie comme tout et elle a même été courtisée il y a 10 ans par un de ses collègues du même âge qu’elle mais qu’elle avait considéré comme bien trop ringard. Quand le jeune homme semble se rapprocher à nouveau d’elle, Rinko pense avoir enfin décroché la timbale. C’est pas qu’elle soit amoureuse mais bon… Mais quand elle comprend qu’il a besoin d’elle pour séduire sa jeune collaboratrice de 10 ans plus jeune qu’elle, elle pête littéralement un câble.

Heureusement, elle peut compter sur ses deux copines, l’alcool et leur bon vieux précepte du « y a qu’à, faut qu’on ». C’est lors d’un de ces fameux soirs de détresse alcoolisée qu’elles sont prises à parti par un beau jeune homme qui les ridiculise. C’est l’électro choc et le début d’un récit tragi-comique pour nos trois copines.

Mon avis

Je suis très contente de retrouver la mangaka Akiko Higashimura que je connaissais pour Princess Jellyfish. Depuis elle s’est fait connaitre et a obtenu le prix Fauve jeune adulte au festival d’Angoulême pour Le tigre des neiges. Elle publie également sous forme de manga son autobiographie sous le titre de Trait pour trait (série en 5 tomes).

Les personnages principaux de Princess Jellyfish avaient une vingtaine d’années. Avec Tokyo Tarareba Girls, l’autrice s’intéresse aux trentenaires citadines, actives, qui sortent, construisent leur vie professionnelle tambour battant et se font rattraper par les injonctions sociétales japonaises qui veulent que les femmes se marient et jeunes de préférence.

Le ton est résolument humoristique, par les situations décrites, les caractères des personnages et le traits de l’auteur mais j’ai ressenti une certaine tristesse à la lecture du manga. Les trois filles et notamment Rinko semblent complètement perdues entre la situation professionnelle qu’elles ont construites, leurs rêves et aspirations et les injonctions qu’elles reçoivent. Elles se mettent une pression monstrueuse à propos de leur célibat sans avoir vraiment la volonté d’en sortir. Rinko serait prête à accepter n’importe qui et j’ai eu l’impression que le personnage perdait sa personnalité propre pour essayer de se conformer à un idéal de femme à épouser.

L’image qui leur est renvoyée est terrible. Car alors qu’elles sont autonomes, la société leur renvoie une image de femme déclassée, déjà trop âgée pour séduire. A contrario, les hommes disponibles sur le « marché » du mariage sont bien plus âgés qu’elles et convoités par des femmes plus jeunes.

Le thème de cette série est donc très intéressant en ceci qu’il nous parle de femmes modernes qui nous ressemble, auxquelles le lectrice et le lecteur peut s’identifier, aux prises avec des injonctions sociétales fortes et contradictoires et qui se cherchent une voie. Je suis curieuse de voir à quoi la mangaka va aboutir dans ces trajectoires de vie. Cela finira-t-il par des relations assumés, des mariages forcés, des épanouissements personnels et professionnels? Le désir d’enfant sera-t-il évoqué?

Nous le saurons dans une prochaine chronique du manga du vendredi car j’ai acheté les deux tomes suivants.

La série compte actuellement 5 tomes publiés en France pour une série terminée en 9 tomes (le format idéal à mon sens: pas trop court et suffisamment long pour tenir sur la durée sans se lasser)

L’éditeur

Tokyo Tarareba Girls ainsi que Le tigre des neiges de la même mangaka sont publiés par les éditions Lézard noir. Cette maison d’édition a été fondée en 2004 par Stéphane Duval. La ligne éditoriale initiale était le manga d’horreur. Depuis quelques années, elle se diversifie pour viser un public de lecteur de manga plus large pour le plus grand plaisir des lecteurs. Les oeuvres publiées sont d’ailleurs souvent remarquées dans les sélections pour les prix de bande dessinée.

La prescription du docteur Fatale

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Hotaru : série terminée en 15 tomes

Hotaru a 27 ans. Elle est employée de société. Mais quand elle rentre chez elle est quitte tailleur et escarpin, une « horrible » transformation se produit. Coiffure palmier, jogging, lecture de manga et alimentation anarchique dans un bazar pas possible. Sa vie amoureuse est inexistante mais ce n’est pas un problème préfère une vie calme plutôt que la passion amoureuse.

C’est alors que surviennent deux évènements : elle partage une collocation avec son supérieur hiérarchique, séduisant quadra séparé de son épouse et un jeune designer, Makoto, lui témoigne de tendres sentiments. Sa calme vie s’en trouvera bouleversée.

Hotaru, en plus d’être un personnage attachant et touchant, est une superbe série que j’ai beaucoup aimée et que je relis de temps en temps.

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Princess Jellyfish : Tsukimi Kurashita, fan hardcore de méduses, s’installe à Tokyo avec le projet de devenir illustratrice. Elle emménage dans la résidence Amamizu qui a la particularité de n’être habitée que par des filles otaku, et bien évidemment, d’être interdite aux hommes ! Alors qu’un soir, Tsukimi sort pour rendre visite à une adorable médusette enfermée dans un minuscule aquarium, son destin va être bouleversé par sa rencontre avec une fille bien trop « fashionable » pour être vraie !
Princess Jellyfish, c’est l’histoire délirante de 6 colocataires nolife, dont le quotidien hermétique et monomaniaque va se fissurer suite à l’arrivée en fanfare d’une « nana » trop extravertie pour elles.

Série terminée en 17 volumes.

Pour voir Akiko Higahimura dessiner et discuter avec Noaki Urasawa:

C’est tout en japonais mais je ne me lasse pas de la regarder dessiner.

Je vous souhaite de belles lectures et que l’imagination soit avec vous!

A la semaine prochaine pour un nouveau manga du vendredi.

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